CHAPITRE IV:
PERSPECTIVES D'AMELIORATION
DES DISPOSITIFS ACTIFS ET PASSIFS POUR LES
APPLICATIONS TERAHERTZ
INTRODUCTION
Ce chapitre présente les perspectives d'amélioration des
dispositifs passifs et actifs dans le contexte des applications térahertz. Pour
la simple barrière, c'est principalement le régime de multiplication harmonique
qui sera visé en considérant les deux points clés suivants: d'une part,
l'aptitude de ces composants à monter en fréquence et d'autre part les
possibilités d'augmenter la puissance délivrée en sortie. Pour les éléments
passifs sur membrane, nous chercherons à étendre notre première expérience des
structures de propagation aux éléments de filtrage.
1. PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT POUR LES SBV
1.1. APPLICATIONS TRES
HAUTES FREQUENCES
Nous avons déjà au chapitre relatif à la simple barrière
expliqué le principe de la multiplication de fréquence par utilisation d'une
non-linéarité réactive. Nous nous intéresserons ici aux performances de ces
composants pour la réalisation de systèmes en bande millimétrique et
submillimétrique. L'exemple le plus représentatif de ces systèmes est la tête
de réception par satellite à direction hétérodyne. Le schéma synoptique d'un
tel système est donné sur la figure IV.1. Le signal radiofréquence (R.F.) reçu
au niveau de l'antenne de réception est transposé en basse fréquence par le
dispositif mélangeur. Cette transposition à la fréquence intermédiaire (FI) est
le résultat d'un battement entre le signal R.F. et l'oscillateur local (O.L.).
C'est pour cette dernière fonction que les diodes Simples Barrière Varactor
(S.B.V.) sont actuellement développées. A titre d'exemple, les derniers
programmes Européens (E.S.A.) d'observation de l'atmosphère sont une mission
troposphérique (MASTER) couvrant la plage de fréquence comprise entre 200 et
348 GHz et une mission stratosphérique (SOPRANO) couvrant la plage de fréquence
comprise entre 498,5 et 955,5 GHz. Or, pour des fréquences aussi élevées, il
n'est pas possible à l'heure actuelle de concevoir des sources à l'état solide
de génération directe délivrant une puissance suffisante pour assurer le
mélange de fréquences. Par contre, la multiplication de fréquence peut être
utilisée pour la génération de ce signal. A titre d'exemple, pour le premier
système conçu entre 200 et 348 GHz, il est tout à fait possible de concevoir un
élément tripleur permettant à partir d'une source Gunn d'atteindre la plage de
fréquence requise. On dispose à l'heure actuelle de sources Gunn très
performantes pouvant délivrer aux fréquences voisines de 100 GHz des puissances
de l'ordre de 100 mWatt et c'est cet ordre de grandeur que nous utiliserons par
la suite. Au chapitre II, nous avions déjà insisté sur les atouts relatifs à la
symétrie de capacité en fonction de la tension, avec notamment l'absence
d'harmoniques paires concourant à une meilleure fonctionnalité des circuits.
Pour assurer cependant un fonctionnement correct en terme de rendement de
conversion du processus de multiplication, il convient cependant de respecter
certaines règles qui vont dépendre de la bande de fréquence visée et qui vont
faire l'objet des paragraphes suivants.
1.1.1. LES LIMITATIONS
FREQUENTIELLES
On peut montrer que le rendement de conversion d'un
multiplicateur de rang n (rapport entre la puissance délivrée nP à la fréquence
n.FP et celle disponible à la fréquence de pompe FP) est
d'autant plus élevée que la fréquence de coupure de l'élément réactif est
élevée. On peut définir plusieurs types de fréquences de coupure. Néanmoins, la
plus usitée, jusqu'à présent, est la suivante:

Dans cette expression S désigne l'élastance reliée à
l'inverse de la capacité (S = 1/C). Avec cette définition on a donc
Smax = ![]()
Cmin désignant la
capacité en saturation et
Smin = ![]()
C max correspondant à la
capacité à l'équilibre.
L'élément Rs désigne la résistance série ou globale,
qui intègre plusieurs contributions, notamment la résistance de contact, la
résistance de la couche épitaxiée, et la résistance d'accès.
Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à
l'optimisation des capacités pour considérer dans un deuxième temps
l'optimisation des termes de résistance.
A partir de l'expression de Fc, on constate
que la fréquence de coupure est d'autant plu élevée que le rapport Cmax/Cmin
est important.
La capacité à l'équilibre Cmax dépend de
l'épaisseur du diélectrique "équivalent" dans l'approximation du
condensateur plan. Nous savons à présent que cette épaisseur est plus grande
que celle du matériau à grande bande interdite car il faut prendre en compte
les zones d'écrantage du champ électrique de part et d'autre de la barrière.
On peut donner un premier ordre de grandeur de
l'épaisseur minimale du diélectrique équivalent. Ainsi, nous avons vu qu'il est
nécessaire de prévoir une épaisseur de barrière de l'ordre de 150 à 200 Å pour
inhiber les processus de conduction. De la même façon, les calculs de profils
de potentiels montrent que l'écrantage du champ électrique se fait sur des
distances minimales d de l'ordre de 50 Å. A partir de ces données, une première
approximation concernant la capacité maximale est proposée
C = 
de l'ordre de 4.10-7
F/cm2 avec W0 + 2d = 250 Å.
Quand à la capacité de saturation, elle dépendra d'une
part du niveau de dopage, et d'autre part de la longueur des zones adjacentes
dans lesquelles s'effectue la modulation de capacité. En pratique, nous
chercherons le meilleurs compromis dopage-épaisseur, notamment pour obtenir des
conditions de "punch through" qui correspondent à une zone
moyennement dopée entièrement désertée à la tension de claquage par avalanche.
A titre d'exemple pour l'échantillon fabriqué précédemment, le couple (ND,
W) est égal à (1017cm-3,3000 Å). Dans des conditions de
"punch through", la capacité minimale est alors
C = ![]()
On trouve de l'ordre de 4.10-8 F/cm2
pour W = 3000 Å. Dans ces conditions, le rapport maximal de capacité que l'on
est en droit d'attendre est de l'ordre de 10.
En fait il faut bien voir que l'obtention d'un rapport
aussi élevé n'est pas une fin en soi dans la mesure où les fréquences de
coupure prennent des valeurs très élevées dès que le rapport Cmax/Cmin
est voisin de 5, valeur obtenue en pratique. En outre, des simulations par
équilibrage harmonique [1] ont montré que les rendements de conversion tendent
à saturer dès que le rapport Cmax /Cmin excède 5 ou 6.
Il nous reste à discuter pour cette première approche des
performances fréquentielles, des différents termes de résistance et tout
d'abord de la résistance de contact.
La résistance de contact est essentiellement localisée au
niveau du contact supérieur qui présente généralement un motif de faible
dimension. Comme nous avons pu le voir précédemment, la résistance spécifique
de contact dépend non seulement du matériau, mais aussi des procédés
technologiques. Grâce à l'utilisation de matériau GaInAs adapté en maille sur
InP, nous avons pu déjà bénéficier des nombreux avantages liés à un matériau à
petite bande interdite avec une barrière de potentiel métal-semiconducteur
comprise entre 0,2 et 0,3 eV et la possibilité de dopages élevés. Rappelons que
la résistance intrinsèque obtenue peut être aussi faible que 2.10-7 W.cm2 pour des dopages de l'ordre
de 5.1018cm-3. L'amélioration de ces performances passe
par une diminution encore plus importante du gap en incorporant plus d'Indium,
par une augmentation du niveau de dopage (la valeur 5.1018 ne nous
semble pas une limite) et enfin par l'augmentation de la surface. Nous
reviendrons sur cette dernière idée avec l'association de diodes en série.
Si on considère à présent la résistance normalisée de la
couche épitaxiale, elle a pour expression:

Dans cette expression tépi est l'épaisseur de
la couche modérément dopée où s'effectue la modulation de capacité; W est la
largeur de la zone désertée; et s désigne la conductivité de
la couche épitaxiée.
Il est bien évident que cette résistance dépend de la
tension appliquée V(t) par le terme W(V(t)). Cependant, pour obtenir les ordres
de grandeur, nous supposerons la couche complètement non-désertée. Dans cette
hypothèse, la résistance Répi dépend essentiellement de la conductivité sépi
sépi = q.ND.µ
où m est la mobilité et ND est le
niveau de dopage.
Ici encore, l'utilisation du matériau GaInAs se révèle
particulièrement intéressante puisqu'il permet d'obtenir des mobilités
importantes.
Pour donner quelques ordres de grandeur nous avons tracé
sur la figure IV.2 la résistance normalisée par rapport à la surface
respectivement pour trois valeurs d'épaisseur de couche 100, 1000 et 5000 Å en
fonction du niveau de dopage compris entre 1016 et 1018.
Nous retiendrons que cette résistance est du même ordre de grandeur que la
résistance de contact avec des valeurs comprises entre 2.10-7 et
4.10-7 W.cm2 pour des
valeurs réalistes de dopage. Aux très hautes fréquences, l'expression de la
conductivité doit intégrer une composante fréquentielle reliée au temps de libre
parcours moyen propre à chaque semi-conducteur. Ainsi, on montre qu'en fonction
de la fréquence, la conductivité est:
sépi =
(i)
Avec dans cette expression ![]()
En intégrant cette composante fréquentielle dans
l'expression précédente, on observe une augmentation de la résistance de la
couche épitaxiale lorsque la fréquence de fonctionnement devient du même ordre
de grandeur que celle figurant en dénominateur de l'équation (i). Pour
illustrer ce point, nous avons tracé figure IV.3 l'évolution de la résistance
pour un dopage de 1017 cm-3 et un diamètre de 1 µm. On
constate, en accord avec la discussion précédente, une augmentation de la
résistance pour des fréquences supérieures à
100 GHz.
1.1.2. SATURATION EN COURANT
Aux très hautes fréquences plusieurs phénomènes
concourent à une dégradation des rendements principalement liés à la vitesse de
dérive des électrons dans le semiconducteur. Intuitivement en effet, on conçoit
que lorsque l' excitation de tension externe se fait à des fréquences de plus
en plus importantes, la modulation de la zone désertée qui résulte directement
du mouvement des électrons aux limites de cette zone de charge d'espace dans un
mouvement de flux et de reflux ne puisse plus s'effectuer dans de bonnes conditions.
A la limite, le fait que les électrons ne puissent plus suivre les variations
du champ électrique peut se traduire par une inhibition des phénomènes de
modulation de capacité.
Par ailleurs, très récemment, il a été montré que
survenait un phénomène de limitation de courant résultant directement de la
continuité des courants entre zones désertées et non désertées.
Très schématiquement on peut avoir une première idée des
ordres de grandeur basée sur l'égalité des composantes de courant entre les deux
zones.
En zone non désertée, la composante de courant est
dominée par le courant de conduction qui s'écrit sous la forme suivante:
JC = qNDVmax
Dans cette expression, nous avons supposé que la densité
de porteurs libres est égale à celle des dopants et que cette population se
déplace à la vitesse maximale possible dans le semiconducteur. En fait,
compte-tenu du niveau de dopage relativement élevé, il est réaliste de faire
cette hypothèse car les valeurs de champ électrique interne sont limitées.
En zone désertée, il s'agit principalement d'un courant
de déplacement qui s'écrit sous la forme suivante:

Dans cette expression, e est la permittivité
relative du matériau et E est le champ électrique interne supposé ici uniforme
sur l'espace.
Pour une excitation alternative de tension de type V = V0ejvt, on peut en première
approximation supposer des variations analogues pour le champ électrique
interne, par conséquent de la forme:
E(t) = E0ejvt
Par dérivation on constate que le courant de déplacement
est proportionnel à la pulsation v et qu'il croît donc avec la
fréquence.
A ce stade, il nous faudrait en toute rigueur introduire
la modulation de la largeur de la zone désertée pour relier quantitativement
variation en tension et en champ électrique. A titre d'ordre de grandeur, nous
allons simplement considérer un champ quasi uniforme permettant de définir
directement une relation très simple entre E(t) et V(t). Avec cette hypothèse JD
s'écrit:

où L est la longueur moyenne de la zone non désertée.
La continuité du courant nous impose:
JD = JC
Cette dernière relation nous permet de définir l'ordre de
grandeur de la fréquence critique pour laquelle le courant de déplacement sera
égal au courant de conduction.
A titre d'exemple, si on considère un dopage ND
de l'ordre de 1017 cm-3 pour une diode GaAs de
permittivité 1,1.10-12 F.cm-1 soumise à une tension
alternative de 10 volt avec une longueur moyenne L = 3000 Å, le courant de
déplacement est dans ces conditions de
230 kA.cm-2 pour un signal de pompe de fréquence 100 GHz.
Quant au courant de conduction maximal, on peut l'évaluer à 320 kA.cm-2
en supposant une vitesse maximale dans le semiconducteur vmax = 2.107
cm.s-1 , à cette fréquence et à fortiori, en dessous. Le courant de déplacement
est inférieur au courant de conduction maximal et l'on ne devrait pas observer
de dégradation de rendements de conversion par saturation du courant.
La fréquence critique pour la saturation de courant
devrait intervenir pour une fréquence légèrement supérieure que l'on peut
situer aux alentours de 150 GHz compte-tenu du rapport d'environ 1,5 entre
courant de conduction et de déplacement. On constate par conséquent que pour un
fonctionnement espéré à 500 GHz pris pour exemple dans l'introduction qui
implique une excitation aux alentours de 170 GHz, la valeur de la fréquence
critique est dépassée et on devrait commencer à observer une dégradation des
performances. Ceci est d'autant plus vrai pour des fréquences supérieures de
sortie notamment 750 GHz et 1 THz
qui constituent actuellement l'état de l'art. Au vu des relations précédentes,
on constate que la marge de manœuvre est relativement faible pour pallier ce
mécanisme limitatif. En premier lieu, on peut penser utiliser un matériau de
vitesse maximale plus élevée. L'InGaAs semble plus favorable de ce point de vue
car il présente des mobilités élevées. En revanche, le champ critique EC
est plus faible compte-tenu d'un écart entre vallée centrale et satellites
réduit. En conséquence le produit m.EC, m étant la mobilité, ne prend pas des valeurs
nettement plus importantes. En second lieu, on peut jouer sur la valeur
maximale du courant de conduction en augmentant le niveau de dopage. C'est
cette dernière idée qui vient d'être utilisée avec succès pour une diode
Schottky fonctionnant à 800 GHz. Pour ce travail les auteurs [2] ont doublé le
niveau de dopage de 1017 à 2,3.1017 cm-3. Dans
ces conditions le composant a présenté des performances record en terme de
puissance de sortie avec des valeurs maximales de 250 µW.
Il faut bien voir que cette modification du niveau de
dopage passe par une diminution de la largeur de la zone désertée et de la
tension d'avalanche. Nous proposons dans le paragraphe suivant de voir dans
quelle mesure ces paramètres sont modifiés.
1.1.3. OPTIMISATION DU
NIVEAU DE DOPAGE
L'augmentation du niveau de dopage doit entraîner une
diminution de la tension d'avalanche et donc de la plage de tension où
s'effectue la "respiration" de la capacité. En toute rigueur le
calcul de la tension d'avalanche nécessite la détermination du champ électrique
interne suivi du calcul de l'intégrale d'ionisation via les coefficients
d'ionisation. En fait on peut supposer pour une diode Simple Barrière que
l'ionisation n'est possible que dans les zones adjacentes de faibles bandes
interdites. De plus aux valeurs de tension de claquage, la valeur de tension
globale est peu différente de celle correspondant à la zone désertée à cause
des rapports de dimension entre épaisseur de barrière de 100 à 200 Å et zone
désertée de plus de 1000 Å. En d'autres termes, une diode SBV peut se comparer
à une diode Schottky de dopage et épaisseur de semiconducteur équivalent. Or,
dans la littérature, on trouve un certain nombre de formules établies pour les
jonctions p-n ou pour les diodes Schottky qui peuvent nous renseigner sur les
valeurs approchées des tensions de claquage . Il faut bien voir que
généralement ces travaux ont concerné des semiconducteurs de bande interdite de
plus de 1 eV, en particulier le GaAs et l'InP. Pour ces semiconducteurs les
tensions d'avalanche minimales c'est à dire celles correspondant à des effets
de ionisation par choc et non par effet tunnel interbande se situent aux
environs de 10 volts. Pour l'InGaAs, cette limite peut être considérablement
abaissée, résultant de la diminution de la bande interdite. A titre d'ordre de
grandeur, nous avons tracé sur la figure IV.4. la tension d'avalanche en
fonction du niveau de dopage compris entre 1.1017 et 5.1017
cm-3 respectivement pour deux matériaux à faibles bandes interdites,
l'InGaAs adapté en maille sur InP, et l'InAs en supposant ici encore
l'adaptation de maille.
Pour cette évaluation nous avons utilisé l'expression donnée
par Sze et Gibbons établie pour des jonctions p-n abruptes en Ge, Si, GaAs et
GaP:

déjà présentée dans le
chapitre II.
Dans cette expression Eg est l'énergie de la
bande interdite exprimée en eV, Népi est le dopage de la zone
semiconductrice, désertée sous l'action de la tension externe, exprimé en cm-3.
Conformément à la discussion précédente, les tensions
sont bien inférieures à la valeur critique de 10 V précédemment mentionnée.
Pour un matériau InGaAs, la tension d'avalanche est de 6 V à 1017 cm-3,
elle n'est plus que de 3 V à 3.1017 cm-3.
On constate qu'en dépit des hypothèses extrêmement
simplificatrices, la valeur de 6 volt correspond bien à celle relevée
expérimentalement. Par ailleurs une étude fine sur des jonctions p-n a
également été reportée pour ce même matériau avec des niveaux de dopage variant
entre quelques 1015 et 1017 cm-3 [3]. Cette
étude confirme également des valeurs proches de 6 Volt pour un niveau d'impureté de 1017 cm-3
validant l'approche simplifiée utilisée dans ce travail.
Ces études sur les tensions de claquage font actuellement
l'objet au sein de l'équipe d'un effort de caractérisation systématique visant
à différencier effet tunnel et claquage par avalanche [4]. L'équation
précédente peut également être utilisée pour l'InAs et l'on constate que les
diminutions des tensions de seuil sont ici très importantes avec des tensions
critiques inférieures à 1 Volt dès que le niveau de dopage excède 2.1017
cm-3.
A la vue de ces estimations on constate qu'il se révélera
de plus en plus difficile de concevoir des diodes à niveau de dopage élevé pour
des matériaux de faible gap, certes garant de mobilités élevées mais toutefois
limités par les seuils de tension admissibles. Une voie tout à fait prometteuse
concernera la mise en série des diodes sur laquelle nous allons revenir dans le
paragraphe suivant mais avant, il nous paraît important d'évaluer la largeur de
déplétion maximale et donc la capacité de saturation en fonction du niveau de
dopage.
Ici encore, l'analogie avec les diodes Schottky ou simple
jonction p-n est fructueuse et l'on peut en première approximation supposer
qu'en valeur relative, la modulation ou la variation de w se fait en 1/ÖND. Donc dans ces conditions, la valeur
maximale de w correspondant à la capacité en saturation peut s'écrire:

où Vb est la
tension de claquage par avalanche précédemment définie.
Sur la figure IV.5., nous avons tracé toujours pour le
couple de matériau (Ga0,47In0,53As, InAs) la longueur de
la zone désertée obtenue à la tension Vb en fonction du niveau de
dopage. Répercuté sur les valeurs de la capacité de saturation par une simple
formule de type condensateur plan, ces variations donnent les allures reportées
sur la figure IV.6. en fonction de w.
On constate que l'augmentation du niveau de dopage se
traduit par une dégradation du rapport C0/Csat avec
toutes les conséquences précédemment évoquées, résultant de l'augmentation de
la capacité Csat. En fait, il apparaît relativement difficile
d'augmenter conjointement la capacité maximale C0 pour maintenir un
rapport constant dans la mesure où elle est largement tributaire de l'épaisseur
du matériau à grande bande interdite. Par contre, dans cette discussion, nous
n'avons pas inclu les problèmes de résistance série. On peut raisonnablement
attendre une diminution à dopage croissant, ce qui est bénéfique en terme de
résistance parasite.
Cette analyse des phénomènes de saturation de courant
nous a montré la voie pour l'amélioration des performances par une augmentation
du niveau de dopage, cette modification n'étant pas sans effet sur les valeurs
de tensions critiques et le rapport de capacité. Une manière particulièrement
élégante pour résoudre ces problèmes concerne la mise en série des composants
qui n'est pas une idée nouvelle mais qui par contre se révèle particulièrement
bien adaptée au cas des structures SBV.
1.2. MISE EN SERIE DE DIODES
SBV
Les avantages liés à la mise en série de composants de
type varactor sont illustrés sur la figure IV.7. et peuvent se résumer de la façon
suivante:
- La tenue en tension est améliorée car la tension
globale est n fois la tension correspondant à une seule diode élémentaire de
type SBV.
- La capacité est diminuée avec une capacité totale
divisée par le nombre de structures élémentaires.
Par conséquent, globalement, le composant présente un
niveau d'impédance plus élevé.
Si l'on tire parti de cette diminution de capacité pour
fabriquer des composants de sections plus importantes conservant par ce biais
le niveau d'impédance, on constate que l'on obtient deux facteurs
d'amélioration: d'une part sur la tenue en puissance avec une puissance
délivrée au niveau de n composants mis en série n² fois plus importante que
celle d'un composant élémentaire, d'autre part, l'augmentation de la section du
composant proportionnellement à n (validant un courant n fois plus grand) se
traduit par une diminution de la résistance série [5].
Pour tester cette idée sur les simples barrières, nous avons
testé des composants correspondants décrits sur la figure IV.8. Pour cet
exemple, deux motifs élémentaires ont été mis en série sur une même épitaxie.
La barrière de potentiel fait intervenir un motif du type AlInAs/AlAs/AlInAs
non intentionnellement dopé pour bloquer efficacement toute composante parasite
de courant, que ce soit par injection thermoïonique ou par effet tunnel assisté
thermiquement.
On retrouve de part et d'autre de cette héréostructure
des zones d'espaceur de 50 Å permettant de se préserver de la diffusion des
espèces dopantes introduites dans la région semiconductrice où s'effectue la
modulation de capacité constituée par les couches InGaAs dopées à 1017
cm-3 et d'épaisseur 3000 Å.
Par ailleurs, on note la présence de deux zones d'accès
fortement dopées à 5.1018 cm-3 et d'épaisseur 5000 Å. Il
nous semble important d'insister sur l'absence de ce type de couche dopée à
plus de 1018 cm-3 entre les deux couches élémentaires. En
fait nous allons voir que le point milieu, bien que de tension flottante, peut
se caler à des valeurs correspondant à la moitié de la tension totale si les
barrières élémentaires et les zones adjacentes sont semblables.
En pratique, pour valider les idées précédentes,
c'est-à-dire l'équi-répartition de la tension et la diminution de capacité,
deux séries d'épitaxies ont été fabriquées.
L'une correspond à l'intégration sur un même substrat de
deux motifs élémentaires conformément à la séquence de croissance de la figure
IV.8. Ce motif sera référencé DHBV pour Dual Hetrostructure Barrière Varactor.
L'autre ne présente qu'une seule barrière et sera noté SHBV pour Simple
Hétérostructure Barrière Varactor.
La photographie IV.9 montre les caractéristiques
courant-tension pour les deux types de composants SHBV et DHBV.
Nous avons fabriqué, pour mesurer ces caractérisations
statiques, des composants avec des procédés technologiques simplifiés
permettant la mesure des courbes I(V) et C(V) directement sous pointes. Ils ont
été fabriqués à l'aide de trois niveaux de masques en photolithographie,
permettant de définir des mésas de grandes dimensions, plusieurs dizaines de
micromètres de diamètre, surmontés et encadrés par deux contacts ohmiques dont
l'écartement est adapté à celui des pointes hyperfréquences. Dans ces
conditions, il n'est pas nécessaire de recourir à une technologie de type
pont-à-air, simplifiant notablement les procédés technologiques de mise en
œuvre. Pour la gravure mésa, des solutions chimiques de type {H3PO4,
H2O2, H2O} ont été utilisées tandis que les
contacts ohmiques sont réalisés par des dépôts séquentiels Ni/Ge/Au/Ti/Au. La
qualité de ces contacts est également vérifiée à l'aide d'un motif de test
d'échelle de résistance implanté sur le même masque.
Pour l'exemple de la figure IV.9, le diamètre de mésa est
de 40 µm. En tout premier lieu, on note une symétrie remarquable des
caractéristiques relevées dans les deux sens de polarisation. Cette symétrie
reflète la qualité de l'hétérostructure et atteste notamment de la très bonne
morphologie des interfaces directes et inverses. En second lieu on peut voir
que la barrière de potentiel joue entièrement son rôle en maintenant un niveau
de conduction inférieur à 10 A/cm2 jusqu'à une tension de 6 Volt
pour les SHBV et deux fois cette valeur pour les DHBV en accord avec
l'hypothèse d'une tension deux fois plus élevée consécutive à la mise en série.
Des calculs très précis ont par ailleurs été effectués sur ces structures basés
sur la résolution des équations de Poisson et de Schrödinger qui seront
reportées dans une publication ultérieure [6]. Un très bon acccord
théorie-expérience a été trouvé. Sur la base de cet accord nous pensons que les
mécanismes de conduction sont relativement purs dans la mesure où la probabilité
de transmission quantique à travers et au dessus de la barrière de potentiel
est correctement décrite sans impliquer de contribution de conduction assistée
par défaut.
Les caractérisations de capacités ont été faites dans les
mêmes conditions de mesures à la fréquence 500 MHz, à 300 K. Les résultats
concernant ces caractérisations dynamiques sont reportées sur la figure IV.10.
toujours pour les deux types de motifs. La capacité est ici normalisée par
rapport à la section. On constate que la capacité C0 est proche de 2
fF/µm2 pour une SHBV et de 1 fF/µm2 pour une épitaxie de
type DHBV conformément aux arguments
développés précédemment. Ce niveau très faible de capacité démontre la très
bonne aptitude de ces composants à fonctionner en très haute fréquence au delà
de 300 GHz. En effet la valeur de 1 fF est tout à fait représentative des valeurs nécessaires pour
satisfaire aux critères d'impédance à ces fréquences. En outre, on peut
également concevoir un fonctionnement à beaucoup plus basse fréquence,
typiquement 100 GHz, avec l'idée d'augmenter les niveaux de puissance délivrés
par une augmentation de la section compatible avec le niveau d'impédance requis
pour un fonctionnement à 100 GHz.
Si l'on s'intéresse aux capacités de saturation, elles
diffèrent également d'un facteur deux avec une valeur limite de l'ordre de 0,2
fF obtenue à - 12 V et à + 12 V pour la DHBV. Ceci donne un rapport C0/Csat
de l'ordre de 5, qui correspond aux meilleures valeurs publiées dans la
litérature [7].
Il reste à présent à estimer les fréquences de coupure.
Dans ce but, il nous faut déterminer la résistance série globale qui,
rappelons-le, fait intervenir différentes contributions, notamment les contacts
et les accès. Pour le matériau de contact, sa détermination peut être faite
expérimentalement à partir des motifs T.L.M. disponibles sur le masque. La
valeur mesurée, normalisée par rapport à la surface est proche de 2.10-7
W.cm2, donc, particulièrement
faible. Ce bon résultat en terme de résistivité s'explique par le niveau de
dopage et l'utilisation du GaInAs; nous avons déjà eu l'occasion d'insister sur
ses propriétés. Pour les autres contributions, nous pouvons les estimer à
partir des données du matériau. Ainsi, pour la résistance correspondant à la
zone désertée, on trouve des ordres de grandeurs similaires par un simple
calcul du type:
avec L, la longueur de la zone dopée 1017 cm-3
et s, la conductivité du semi-conducteur employé,
InGaAs dans notre cas.
Avec ces estimations, on trouve une fréquence de coupure de
6 THz au minimum pour un composant de type SHBV. Même si cette fréquence de
coupure ne reflète pas l'ensemble des mécanismes limitatifs puisque nous avons
vu que les phénomènes de saturation en courant vont intervenir à plus basses
fréquences, il nous semble intéressant de noter que ce résultat est cependant
très encourageant en terme de rendement de conversion. En effet, on peut
montrer que celui-ci est d'autant plus élevé à la fréquence de travail que le
rapport entre la fréquence de pompe et la fréquence de coupure est élevée.
Avant de clore cette partie de prospective avec un
premier résultat sur un empilement de deux barrières, il nous semble
interessant de signaler que cette idée d'intégration sur une même épitaxie peut
aussi entraîner des répercussions favorables dans les phénomènes de saturation
en courant. Nous essaierons par ailleurs de discuter des autres solutions
possibles, notamment l'intégration planaire. Pour le premier point, l'intérêt
de la mise en série peut se comprendre à partir de l'équation
donnée précédemment, donnant une formule approchée du courant de
déplacement. Dans cette expression, intervient directement l'excursion
alternative V(t) qui, pour une modulation à 100 %, correspond à la tension avant
claquage. En empilant plusieurs motifs élémentaires, on réduit en conséquence
l'amplitude de la tension alternative de la modulation, repoussant par ce biais
la fréquence critique correspondant à une dégradation des rendements de
conversion discutés auparavant.
Par ailleurs, la mise en série est une voie possible
d'utilisation de composants de faible tension d'avalanche. Les structures
InAs/AlSb entrent tout-à-fait dans cette catégorie avec des tensions de
claquage de l'ordre du Volt.
A priori, face à une telle situation, il est possible
d'envisager un empilement de dix cellules élémentaires portant ainsi la tension
critique à 10 Volt, si la proportionnalité entre tension globale et tension
élémentaire est parfaitement vérifiée. En fait, il faut un peu tempérer cet
enthousiasme en se référant à la difficulté que représenterait la croissance
d'une telle épitaxie. C'est particulièrement vrai pour les structures à base
d'Antimoine, mais également vérifié pour les structures InGaAs/InAlAs/AlAs
fabriquées par l'équipe d'Epitaxie par Jet Moléculaire (E.J.M.) pour ce
travail.
A titre d'exemple, imaginons une série de 10 barrières
sur la base des paramètres matériaux donnés sur la figure IV.8. Chaque motif
élémentaire présente une épaisseur minimale de l'ordre de 3000 Å, ce qui porte
l'épaisseur globale de la couche active à plus de 3 µm. En incluant les zones de contact qui correspondent à
environ 1 µm, on conçoit difficilement d'assurer la constance des flux
moléculaires et plus généralement de stabiliser les conditions de croissance sur
une période de croissance de plus de quatre heures en supposant des procédés
sans interruption de croissance à la vitesse de 1 µm/heure. De plus il s'avère
très difficile de maintenir l'adaptation de maille sur l'ensemble de la
structure.
De tout évidence, il faut réserver ce type de solutions à
des structures visant les très hautes fréquences avec des zones désertées
réduites en conséquence.
Dans le cas inverse, il reste une autre possibilité qui
n'a pas été jusqu'ici évoquée dans ce travail et qui consiste à combiner
intégration planaire et épitaxiale. L'idée est simple et consiste à connecter,
soit par la couche enterrée InGaAs, soit par un pont-à-air, des composants
élémentaires accolés. A la limite, on peut concevoir une architecture de type
matricielle où chaque composant ne verrait qu'une partie de la puissance de
pompe à transposer en fréquence.
C'est une des perspectives d'avenir qui nous semble des
plus prometteuses, pour que l'on puisse disposer aux très hautes fréquences de
puissances importantes, de l'ordre, voire supérieures au Watt.
Pour revenir à l'intégration planaire, cette solution a
déjà été utilisée avec succès pour "symétriser" les caractéristiques
C(V) d'une diode Schottky. En effet, deux diodes Schottky placées tête-bêche
vont interdire la conduction dans les deux sens de polarisation et l'on pourra
par ailleurs moduler la capacité en respectant la symétrie.
Il faut bien voir cependant qu'en aucun cas, on ne
bénéficiera des critères d'intégration épitaxiale mis en évidence pour la SBV
car il n'y a pas équi-répartition de la tension sur chaque composant. Ainsi, en
polarisation inverse limite, seul l'un des composants présente une zone de
désertion étendue synonyme de faible capacité, alors que l'autre, en situation
de polarisation directe, présente une capacité élevée. Il en sera de même pour
l'autre sens de polarisation. Pour la tenue en tension, le raisonnement est
identique avec asymptotiquement chaque composant supportant l'ensemble de la
tension.
2. FILTRAGE
2.1. MOTIVATIONS
Nous avons démontré au chapitre précédent un certain
nombre de propriétés des lignes de propagation sur membrane, notamment
l'absence de dispersion et des conditions de faibles pertes compatibles avec un
fonctionnement en très hautes fréquences. Le prolongement direct de ce travail
est certainement l'étude de structures de filtrage, dans la mesure où celles-ci
associent différentes sections de lignes. On trouve dans la littérature
plusieurs articles reportant des mesures sur des motifs de filtrage [8][9][10].
Elles ont été réalisées sur des membranes diélectriques sur Silicium et
pourront nous servir pour faire une première comparaison théorie-expérience.
Fondamentalement, un filtre est constitué d'une section
de ligne qui se comporte comme un résonateur, modulant ainsi sélectivement la
transmission de l'onde hyperfréquence. Cette propriété a déjà été vue pour les
simples lignes de transmission considérées dans ce travail, avec la présence de
maxima dans l'évolution de Sij, i¹j. Néanmoins, la résonance
est très large bande, car le coefficient de qualité externe est faible. Un
filtre idéal peut être large bande également, mais dans la mesure du possible,
il doit présenter une réjection beaucoup plus abrupte des fréquences
indésirables tout en maintenant un niveau de pertes le plus faible possible
pour des fréquences situées dans la bande passante.
En conséquence, et cette nécessité est parfaitement
connue dans la synthèse des filtres, un tel gabarit ne peut être obtenu qu'en
couplant plusieurs sections résonnantes. Egalement par référence au chapitre
précédent, l'onde hyperfréquence se réfléchissait compte-tenu des
discontinuités introduites aux extrémités des lignes. Généralement, pour un
système de filtrage fonctionnant en hautes fréquences, on introduit une coupure
sur la ligne de propagation, bénéficiant ainsi d'un couplage capacitif.
Ces premiers éléments d'information sont illustrés sur la
figure IV.11 en technologie microruban avec en IV.11.a, un simple tronçon
assurant la résonance de la transmission, et en IV.11.b, un circuit incorporant
plusieurs éléments couplés capacitivement. Théoriquement, il est possible
également d'assurer la fonction de filtrage par la mise en série de lignes
respectivement de hautes et faibles impédances. Cette dernière solution est
illustrée sur la figure IV.11.c où les lignes inductives (métallisation
rétrécie) correspondent aux lignes de haute impédance. Pour une technologie
coplanaire, il est souvent préférable d'éviter au mieux toute rupture abrupte
du conducteur central.
Sur la figure IV.12, nous avons reporté trois
possibilités qui existent à l'heure actuelle concernant le couplage entre
résonateurs ou lignes extérieures avec en IV.12.a une simple coupure de
conducteur, en IV.12.b un motif interdigité référencé dans la littérature comme
circuit de type stub ouvert, et enfin en IV.12.c la solution duale qui consiste
à maintenir la continuité du conducteur central en vue, par exemple, d'assurer
une polarisation continue. Nous allons dans ce qui suit reporter les premiers
éléments d'un travail concernant la synthèse des filtres sur membrane.
Idéalement, compte-tenu de la relative complexité des structures, cette
synthèse passe par l'utilisation de logiciels de C.A.O. (Conception Assistée
par Ordinateur) électromagnétiques avec notamment des logiciels de Helwett
Packard HFSS (High Frequency Structure Simulator). Rappelons cependant que ce
logiciel, en permettant de résoudre les équations de Maxwell dans toutes les
directions de l'espace (logiciel 3D) demande en conséquence un espace mémoire
et des temps de calcul souvent incompatibles avec un but d'optimisation. Face à
ce problème, nous avons décidé de nous en servir comme "garde fou"
dans l'établissement d'un schéma équivalent pour la structure élémentaire de type
stub ouvert. A titre d'illustration de ces possibilités, nous présenterons un
exemple de simulation sur un filtre complet, par ailleurs fabriqué à
l'Université du Michigan, nous permettant ainsi d'effectuer une comparaison
théorie-expérience.
2.2. SYNTHESE DES FILTRES
SUR MEMBRANE
2.2.1. SIMULATION PAR HFSS
D'UN STUB OUVERT
Rappelons que le milieu de propagation est un milieu
composite avec la membrane, l'air, et les pistes métalliques. En toute rigueur,
nous devrions rendre compte de la structure réelle. Cependant, on se heurte au
problème du rapport très défavorable entre l'épaisseur de la membrane (1µm) et
les dimensions latérales de la structure métallique (plusieurs dizaines de
micromètres). En conséquence, il peut s'avérer judicieux de tourner cette
difficulté en supposant un milieu équivalent d'un point de vue permittivité
moyenne. On peut s'attendre à ce que les lignes de champ ne se referment pas
exactement de la même façon, mais par contre il est possible de décrire
correctement les caractéristiques de l'onde électromagnétique , notamment sa
longueur d'onde dont les sous-multiples doivent être comparables à la dimension
du stub.
Sur la figure IV.13.b, nous avons reporté la répartition
du champ électrique pour une structure de type stub ouvert conformément aux
cotes représentées en figure IV.13.a. La longueur du stub est de 2500 µm,
l'écartement des lignes est partout de 30 µm. Le conducteur central mesure 300
µm de large, tandis que les plans de masses font 700 µm de large. La fréquence correspondant
à ce résultat est la fréquence de résonance. Les classes d'intensité de champ
électrique sont données sur la figure.
On constate que le champ électrique est uniformément
réparti, même aux extrémités. Le logiciel HFSS permet à partir de ces résultats
de calculer les paramètres de la matrice de répartition Sij pour
toutes les fréquences qui nous intéressent. Un exemple de résultat dans la
bande de fréquence 10-50 GHz est donné sur la figure IV.14. avec l'amplitude
des éléments de matrice complexe. On observe comme attendu un effet de
résonance dans le coefficient de transmission S12 qui passe par un
maximum pour une fréquence de l'ordre de 20 GHz. De la même façon on observe un
minimum dans l'évolution de S11 (=S22).
A ce stade de l'analyse et conformément à l'étude
précédente, nous avons cherché à décrire le circuit élémentaire constitué par
le stub ouvert en technologie coplanaire à l'aide d'un schéma équivalent
considéré dans le paragraphe suivant, en utilisant par ailleurs les codes
d'optimisation du logiciel MDS (Microwave Design System).
2.2.2. SIMULATION PAR M.D.S.
Différents schémas équivalents peuvent être proposés pour
décrire la fonction de filtrage de stub ouvert. Pour ce travail, nous avons utilisé
le schéma visualisé sur la figure IV.15. On note la possibilité d'une résonance
série mettant en jeu les éléments CMP1, CMP4 [8]. Par ailleurs, il y a
raccordement du circuit extérieur par les éléments CMP6 et CMP5 et connexion à
la ligne de masse par les capacités CMP2 et CMP3.
La détermination précise de ces éléments se fait par
itération en comparant systématiquement les valeurs théoriques déterminées à
l'aide du logiciel HFSS et celles que le logiciel MDS calcule par analyse du
circuit à constante localisée. Les générateurs d'entrée et de sortie ont une
impédance interne purement réelle correspondant à l'impédance caractéristique
de la ligne. Pour le cas qui nous intéresse, cette résistance est de 68,7 W.
La figure IV.16. montre la comparaison entre les deux
types de calcul HFSS repéré par des croix, et MDS en traits continus pour la
structure élémentaire considérée jusqu'ici. Les valeurs des éléments localisés
obtenues en fin de procédure d'optimisation sont regroupées dans le tableau 1.
On constate que l'accord sur les modules comme sur les phases est excellent
avec une bonne description des maxima dans l'amplitude de Sij et des
sauts de phases. La résonance peut aussi être étudiée à partir des sauts de
phase mis en évidence sur la figure de droite. Le seul point peut-être négatif
est la divergence observée sur la phase calculée par HFSS en hautes fréquences.
Il s'agit à présent d'utiliser le schéma équivalent d'une
cellule élémentaire pour prévoir la réponse fréquentielle du filtre en fonction
du nombre de sections. Ce travail est illustré sur les figures IV.17. et IV.18
où nous avons reporté les résultats en dB en fonction de la fréquence (10-40
GHz) des coefficients de transmission figure IV.17 et de réflexion figure
IV.18. Pour le tracé IV.17.1., correspondant à une seule section, on retrouve
le caractère très peu sélectif de la résonance mis en évidence auparavant.
L'ajout d'une seconde section au filtre améliore sensiblement la réjection des
signaux en dehors de la bande passante avec un signal à -30 dB pour une
fréquence de 10 GHz. Cette amélioration se poursuit pour l'adjonction de
sections supplémentaires qui permettent de former progressivement le gabarit du
filtre.
Le tracé des coefficients de réflexion met en évidence le
rapport entre le nombre de sections et la bande passante, avec l'augmentation
du nombre de pics observables dans le coefficient de réflexion, et des pertes
en réflexion variant entre -30 et -60 dB dans les cas les plus favorables.
L'exemple formel pris ici à titre d'illustration montre
qu'il est tout à fait possible d'utiliser les membranes à des fréquences
relativement faibles puisque la fréquence centrale visée correspond à des
équipements du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES)*.
Cependant, nous n'avons pas pu chiffrer le niveau de
perte métallique qui devrait être maintenu à des niveaux faibles. De la même
façon, les pertes par radiation n'ont pas été prises en compte et il faudrait
très certainement à l'avenir trouver des moyens de les évaluer, que ce soit expérimentalement
ou théoriquement. Il reste un problème également lié à l'encombrement d'une
telle structure. Dans le cahier des charges initial, l'équipementier souhaite
un encombrement minimal avec pour limite supérieure le centimètre. Pour cette
gamme de fréquence et en jouant sur l'utilisation de membranes, il est certain
que cette contrainte est difficile à respecter. En effet, dans le chapitre
précédent, nous avons démontré l'existence d'ondes se propageant pratiquement à
la vitesse d'une onde électromagnétique dans le vide. En conséquence, la
longueur d'onde caractéristique est aussi celle du vide et donc de l'ordre du
centimètre en gamme centimétrique. Ainsi, même si l'on travaille en
sous-multiple de la longueur d'onde (
) la nécessité de mettre en série les motifs élémentaires conduit
très rapidement à des longueurs non négligeables incompatibles avec un
encombrement réduit. Cet aspect qui constitue un point de butée pour les
applications basses fréquences peut se révéler un avantage aux fréquences
supérieures à 100 GHz, c'est à dire dans le haut de la gamme millimétrique et a
fortiori en gamme d'onde submillimétrique. Sur la base de cette discussion nous
proposons dans le paragraphe suivant de considérer la simulation d'un filtre à
250 GHz.
2.3. SYNTHESE D'UN FILTRE A
250 GHz
Les considérations précédentes concernant la conception
du filtre restent valables et rappelons que l'un des avantages essentiels est
le maintien d'une propagation monomode et la minimisation des termes de perte
au sens large; diélectrique, métallique et radiatives, qui sont les facteurs de
motivation de ce travail. Par ailleurs, l'utilisation de circuits sur membranes
trouve des applications extrêmement intéressantes dans les techniques
quasi-optiques. Rappelons très brièvement que dans ce cas, la propagation de
l'onde électromagnétique se fait dans l'espace libre avec à chaque extrémité de
la chaîne d'émission-réception la possibilité de concentrer l'énergie
électromagnétique à l'aide d'un cornet qui peut être traversé par une membrane.
Le filtre étudié ici reprend le design de la référence [10]. Comme
précédemment, il est constitué d'une succession de stubs ouverts qui ont été
étudiés par ailleurs de façon très exhaustive par D.F. Williams et S.E.
Schwartz en ce qui concerne les substrats épais [11]. Le but visé est ici un
filtre de bande passante extrêmement large, ce qui explique le couplage
important entre les différentes sections qui sont ici au nombre de quatre.
En premier lieu nous sommes partis de ce schéma d'implantation
pour déterminer la répartition de l'énergie électrique au sein de la structure.
La figure IV.19. visualise la répartition de champ électrique dans le plan des métallisations pour
l'ensemble de la structure calculée par logiciel HFSS. Ces calculs ont été
faits sur station de travail HP715/75 et nécessitent typiquement 30 heures de
calculs toujours dans l'hypothèse précédente d'un milieu moyen de très faible
constante diélectrique proche de 1,1.
La réponse fréquentielle est donnée sur la figure IV.20.
On obtient des allures identiques à celle précédemment calculée, avec un
gabarit bien formé pour S12 et l'existence de pic de résonance dans
l'évaluation de S11. A titre de comparaison, nous avons également
reporté quelques points de fréquences correspondant à la mesure expérimentale
de ce filtre fabriqué sur substrat Silicium avec une structure tri-couche SiO2/Si3N4/SiO2
assurant le support de la membrane.
Enfin nous avons également tracé sur la figure IV.20 (en
traits fins) les résultats théoriques calculés à l'université du Michigan dans
l'équipe de Linda P.B. Katehi. On constate que les évolutions Sij de
la fréquence sont tout à fait comparables hormis un léger décalage en fréquence
proche de 10 GHz de l'ensemble du gabarit du filtre. Nous n'avons pas actuellement
d'explication claire concernant ce décalage, hormis peut-être l'hypothèse d'un
milieu moyen qui se substitue au milieu de propagation composite
diélectrique/air [12].
CONCLUSION
Dans ce chapitre, nous avons montré que l'association en
série de composants élémentaires de type SBV sur une même épitaxie est une voie
d'optimisation des plus prometteuses, non seulement pour les applications de
puissance mais aussi pour les très hautes fréquences. Les idées essentielles
sont l'augmentation de la tension de claquage résultant de l'équi-répartition
de la tension totale sur chaque composant élémentaire, et la diminution du
niveau de capacité suite à la mise en série des capacités. Ces propriétés ont
été démontrées en fabricant deux séries de composants, dont l'une intégrant sur
une même épitaxie deux motifs semblables à la première série. Dans ce cadre,
des résultats à l'état de l'art ont été obtenus avec un rapport entre Cmax
et Cmin de plus de cinq. La tenue en tension, critère essentiel dans
les applications de puissance, a par ailleurs été améliorée d'un facteur deux
conformément aux effets attendus avec un niveau de conduction limité à 10 A/cm²
pour une tension de 12 V. Quant à la capacité mesurée à l'équilibre pour deux
diodes en série, elle est de l'ordre de 1 fF/µm². Dans ce contexte, différentes
évaluations ont été proposées concernant les paramètres clefs que sont la
tension de claquage par avalanche et les niveaux de résistance série.
Par ailleurs, nous avons essayé de donner les premiers éléments
d'information concernant la synthèse de filtres sur membrane. On constate ici
encore que ces structures sont plus particulièrement destinées aux applications
très hautes fréquences, en règle générale supérieures à 100 GHz. Dans ce cas,
c'est principalement l'absence de dispersion et des pertes restreintes aux
contributions métalliques qui constituent le premier facteur de motivation. Ces
propriétés ont été illustrées en considérant deux exemples de structures de
filtrage à stub ouvert ayant des fréquences centrales respectivement de 20 GHz
et de 250 GHz.
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