CHAPITRE III:
FABRICATION, CARACTERISATION ET MODELISATION DE
LIGNES COPLANAIRES SUR MEMBRANE
INTRODUCTION
Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser à la
fabrication et à la caractérisation de structures de propagation de type
coplanaires sur membrane diélectrique. Comparativement aux travaux publiés dans
la littérature sur ce sujet, limités jusqu'à présent aux membranes fabriquées
sur Silicium, l'originalité vient de l'utilisation du GaAs. La motivation
première de ce changement de matériau est l'ouverture vers l'intégration des
composants actifs et passifs. Il n'est plus à démontrer à présent que les composants
à l'état solide dans le matériau III-V sont capables de couvrir un très large
domaine de très hautes fréquences et il peut s'avérer indispensable dans
l'avenir d'intégrer monolythiquement les systèmes, que ce soit pour des raisons
de coût, ou d'amélioration des performances.
Dans un premier temps, nous essaierons de situer dans le
contexte des travaux sur les lignes de propagation, l'intérêt que peuvent avoir
les réalisations sur membranes. Nous avons pour nous aider le travail très
important effectué par l'Université du Michigan sur ce thème auquel nous ferons
référence.
Dans un second temps, nous présenterons les techniques de
fabrication mises au point dans ce travail de thèse en passant tout d'abord en
revue les différentes possibilités pour former la couche diélectrique.
Ensuite nous étudierons relativement en détail les
procédures de dépôt de lignes coplanaires avec des contraintes relativement
importantes entre les dimensions des métallisations et des fentes, pour
terminer par les procédés de gravure du substrat.
La réalisation d'un jeu de masque de lignes de
différentes impédances caractéristiques et la conception d'une transition entre
lignes sur substrat épais et déposées sur membranes feront l'objet d'un
troisième paragraphe.
Ces lignes seront caractérisées puis analysées dans une
toute dernière partie avec des résultats encourageants concernant les
caractéristiques de propagation notamment en terme de vitesses de phase et de
pertes.
1. INTERÊT ET CONTEXTE DES MEMBRANES
Pour comprendre ce qu'est une ligne de propagation,
déposée sur membrane, nous avons reporté sur la figure III.1 une coupe
transversale d'une ligne de propagation de type ligne coplanaire sur membrane
Si3N4 élaborée par gravure profonde d'un substrat de
Silicium. Ce type de structure qui ne comporte plus, sous la ligne de
propagation, de semiconducteur, dont la permittivité est généralement élevée (er de l'ordre de 12 pour le
Silicium), permet d'obtenir une situation équivalente à une ligne suspendue
dans l'air. Intuitivement, on peut penser s'affranchir ainsi des pertes
diélectriques. En fait, ce n'est pas la motivation primordiale de ce type de
ligne dans la mesure où les pertes diélectriques sont souvent bien inférieures
à d'autres types de pertes notamment ohmiques pour les lignes classiques. Par
contre, le fait de travailler avec un milieu environnant la ligne de
permittivité relative très peu différente de 1 donne un certain nombres
d'avantages comparativement à des lignes sur substrat épais, les membranes
servant également à d'autres applications [1][2][3].
Le premier de ces avantages concerne l'absence de
dispersion jusqu'à des fréquences extrêmement élevées avec la propagation d'un
mode quasi T.E.M. Ce n'est pas le cas pour une structure conventionnelle sur
substrat épais, pour laquelle des phénomènes de dispersion apparaissent dès le
début du spectre millimétrique. Cette absence de dispersion qui a été démontrée
aux longueurs d'ondes millimétriques mais aussi submillimétriques est un atout
majeur en électronique impulsionnelle. Rappelons que dans ce cas, l'énergie
véhiculée sous forme d'impulsions ultracourtes se répartit sur un grand spectre
de fréquence. On peut s'attendre dans le cas d'une ligne dispersive à un
élargissement de l'impulsion au cours de sa propagation. Egalement, la vitesse
de phase n'est plus, comme dans le cas de lignes sur substrat de permittivité
élevée, réduite par le fait de travailler sur des structures inhomogènes que caractérise généralement un ef (effectif) de l'ordre de 6.
Pour cette valeur, la vitesse serait réduite d'un facteur de l'ordre de 2,5.
En ce qui concerne les termes de perte, l'utilisation de
membrane s'avère judicieuse car cela permet d'éviter les problèmes de
rayonnement dans le substrat avec la propagation de modes parasite de substrat.
Nous verrons cependant que ces termes de pertes n'interviennent que pour des
fréquences relativement élevées de l'ordre de 100 GHz.
Si l'on considère d'autres types de structures présentant
en particulier des discontinuités, le fait de travailler avec un milieu
effectif comparable à l'air permet de limiter l'effet parasite de ces
discontinuités.
En contrepartie, le passage entre un substrat épais et
les structures sur membrane, pose un certain nombre de difficultés. Nous
proposerons dans la suite une solution pour pallier cette difficulté en tirant
partie des angles de gravure lors de la formation de la cavité, mais il nous
semble que c'est un problème réel.
Le second désavantage concerne la fragilité des
structures. Nous n'avons pas au cours de ce travail, rencontré de problème
particulier, les membranes se révélant stables dans le temps. Cependant, il
peut s'avérer problématique de les utiliser dans un environnement difficile,
avec en particulier des accélérations importantes ou des vibrations. Nous n'avons pas effectué d'étude sur ce sujet,
et cette question reste ouverte.
Enfin, on constate sur la figure III.1 qu'il est possible
de blinder les lignes de propagation, soit sur un demi-espace, comme cela est
représenté ici avec l'utilisation d'un substrat métallisé accolé à la cavité,
soit sur l'ensemble de la structure. L'avantage essentiel lié à ce blindage est
l'isolation électromagnétique qui en résulte et l'obtention d'un boîtier
manipulable plus facilement.
Si à présent, on considère les travaux effectués à
l'Université du Michigan, principalement par Gabriel Reibeitz [4] pour les
aspects fabrication et caractérisation et Linda Katehi [5][6] pour les aspects
simulation, on constate qu'ils ont proposé une grande variété de structures,
notamment des lignes de propagation, des filtres et des antennes. Rappelons que
les membranes sont dans leur cas déposées sur Silicium qui se grave
relativement facilement à l'aide d'Hydroxyde de Potassium (KOH) suivant des
plans cristallins bien définis.
Les membranes sont presque exclusivement fabriquées à
l'aide de structures tri-couches SiO2/Si3N4/SiO2.
La motivation de cette structure est essentiellement d'ordre technologique avec
des compensations de contrainte entre l'oxyde de Silicium et le Nitrure de
Silicium. Pour l'oxydation du Silicium, en partant généralement d'un oxyde
natif, on utilise des procédés d'oxydation vers 1100°C. Pour le Si3N4,
il est déposé par technique de L.P.C.V.D. (Low Pressure Chemical Vapor
Deposition). Cette fabrication est donc faite à température relativement
importante, non accessible par les moyens de dépôt actuellement disponibles au
laboratoire. Egalement des montées en température aussi élevées peuvent être
préjudiciables aux couches semiconductrices des composants à hétérostructure.
Actuellement, ces structures ont été utilisées en
technologie hybride avec des techniques dite de lift-off épitaxial qui tendent
à se développer de plus en plus et qui sont une alternative également
intéressante comparativement à une voie monolithique. Ces techniques tirent
parti des sélectivités de gravure des matériaux III-V dont certains exemples
ont été présentés dans le chapitre I, pour désolidariser de son substrat la
couche active du composant. Cette couche, constituée généralement des matériaux
épitaxiés en surface, est ensuite "greffée" sur la structure de type
membrane avec une adhérence par les forces de Van der Waals.
2. TECHNIQUE DE FABRICATION SUR GaAs
2.1. FORMATION DE LA COUCHE DIELECTRIQUE
2.1.1. CONTRAINTES
TECHNOLOGIQUES ET ELECTRIQUES:
Nous allons tout d'abord discuter des ordres de
grandeurs, respectivement de l'épaisseur et des dimensions latérales de la
membrane.
Pour les dimensions latérales, il s'agit de choisir une
longueur suffisante pour qu'en hautes fréquences, 30 GHz typiquement, on puisse
observer la propagation de l'onde. Rappelons que la longueur de l'onde
électromagnétique doit se comparer à celle du vide, ce qui donne le centimètre
comme premier ordre de grandeur. Pour la direction transversale à la
propagation, il est nécessaire d'éloigner suffisamment les limites entre
substrat épais et membrane pour éviter des fermetures du champ par le
diélectrique. Nous verrons que pour respecter un niveau d'impédance
caractéristique proche de 50 W, la dimension hors tout de
la ligne centrale et des fentes est de l'ordre de 500 µm. On peut
raisonnablement prendre une largeur de membrane de quelques millimètres.
Pour le choix de l'épaisseur de la membrane, il faut se
rappeler que pour des lignes coplanaires, les champs électromagnétiques se
concentrent près de la surface. A titre d'ordre de grandeur, pour une ligne 50 W sur un substrat épais, on a typiquement des
largeurs de fentes de 50 µm. Dans ces conditions, on peut tabler sur une
pénétration de l'énergie électromagnétique sur une distance équivalente. En
d'autres termes, il faut impérativement réaliser une membrane d'épaisseur bien
inférieure à cette valeur. On serait tenté à l'opposé de réaliser une membrane
extrêmement mince, typiquement de 1000 Å. On se heurte cependant dans ce cas à
des contraintes de fabrication, compte-tenu d'un rapport d'aspect très
important entre dimensions latérales et épaisseur. Pour des membranes
d'épaisseur très faible, environ 1000 Å, il y a risque de déchirure lors du
micro usinage de la cavité. Inversement, pour des dépôts Si3N4
notamment trop épais, les contraintes, illustrées sur la figure III 2 sont
telles que l'on s'expose à des risques de décollement du film diélectrique
avant tout procédé de gravure.
L'étude des contraintes qui peuvent être d'origine
thermique compte-tenu de la différence entre les coefficients de dilatation des
matériaux support et déposé en particulier, est un sujet en lui-même. En ce qui
nous concerne, nous nous sommes limités à deux types de dépôts en reproduisant
aussi fidèlement que possible les conditions donnés par les fabricants. Il
s'agit d'une part de films de Nitrure de Silicium déposés par P.E.C.V.D.
(Plasma Enhanced Chemical Vapor Deposition) et de films de Polyimide déposés
par centrifugation avec des procédures développées plus en détail dans les
paragraphes suivants.
2.1.2. FORMATION DE LA
COUCHE NITRURE
Fondamentalement, le dépôt s'effectue à partir de deux
sources de gaz, respectivement le Silane (SiH4) comme source de
Silicium et le gaz ammoniac (NH3) comme source d'azote [7]. En
pratique ces gaz élémentaires sont dilués dans un gaz porteur, l'azote
généralement avec des proportions de l'ordre de quelques pourcents.
Le processus de dépôt sur le semi-conducteur se fait en
plusieurs étapes qui sont détaillées sur la figure III 3.
Dans un premier temps l'Ammoniac et le Silane réagissent
entre eux dans l'enceinte plasma pour former un gaz précurseur le
Tétra-amino-Silane (Si(NH2)4) et de l'Hydrogène (H2).
(figure III 3a). La réaction s'écrit:
SiH4 + 4 NH3
Ô
Si(NH2)4 + 4 H2
Les molécules formant ce gaz précurseur perdent ensuite
chacune un groupe aminé (NH2
) permettant ainsi l'adsorption des molécules en surface (figure III
3b).
Enfin, il y a élimination des molécules avoisinantes
d'hydrogène grâce au chauffage du substrat pour former une couche réticulée par
des liaisons Silicium-Azote. Ce processus s'accompagne d'un dégagement
d'ammoniac (figure III.3c). Cette réaction peut s'écrire:
3 Si(NH2)4
Ô
Si3N4 + 8 NH3
Le système utilisé lors des dépôts est schématisé sur la
figure III.4. Il s'agit d'un bâti plasma mis sous vide avant l'introduction des
gaz à 10-8 Torr, comportant une source radio-fréquence alternative à
la fréquence de 13,56 MHz.
Les conditions de dépôt de film Si3N4
ont fait l'objet dans la littérature d'un très grand nombre d'études, avec des
études systématiques de l'influence de la composition des mélanges et des flux
gazeux, de la pression dans le réacteur et de la température du substrat, et
enfin de la puissance et de la fréquence de l'excitation radiofréquence. A
titre d'exemple, citons la publication de Claassen et al [8] des laboratoires
Philips dans laquelle sont établies les conditions de dépôt pour des
températures variant entre 300 et 700°C et des fréquences d'excitation entre
100 kHz et 20 MHz. En ce qui nous concerne, nous recherchons un dépôt
présentant des contraintes en tension. Plusieurs possibilités peuvent être
envisagées. En premier lieu, comme cela est montré dans la référence [8], il
est possible de travailler à haute température. On montre qu'au delà de 550°C,
le film est alors en tension avec une contrainte de + 100 MPa à 600°C et de +
600 MPa à 700°C. On peut également définir
l'état de contrainte en jouant sur la fréquence d'excitation du plasma. Ainsi pour des fréquences de 100 kHz
le film est en compression avec des contraintes d'environ - 800 MPa. On peut
estimer l'absence de contrainte (transition entre l'état de compression et de
tension) vers 4 MHz. Au delà de cette fréquence, notamment à la fréquence qui
nous intéresse ( f = 13,56 MHz ), le film est en tension avec un état de
contrainte résiduelle légèrement supérieur à 300 MPa. Ces résultats ont été
obtenus sur des dépôts monocouches. Il est bien évident que l'on pourrait
également obtenir une compensation globale des contraintes, soit par des dépôts
multi-couches ou des procédures de dépôt multi-fréquences. En pratique, dans la
mesure où, par l'utilisation de fréquences élevées, nous satisfaisons à la
condition de tension, nous avons préféré travailler à basse température avec
une valeur nominale de 300 °C.
Dans ces conditions de température et de fréquence de plasma,
les autres données de dépôt sont les suivantes:
Le gaz ammoniac est introduit sans dilution avec un débit
de 20 S.C.C.M. (Standard Cubic Centimeter per minute, c'est-à-dire cm3/min).
Par contre le gaz Silane est dilué fortement dans le diazote
dans une proportion de 3%, avec un débit de 600 S.C.C.M.
La pression dans l'enceinte lors du dépôt est de 1 Torr.
Enfin, la puissance d'entrée radiofréquence est de 20
Watt.
Dans ces conditions la vitesse de dépôt est d'environ 120
Å/min ce qui fait un temps de process d'approximativement 1h30 pour une
membrane d'épaisseur 1 µm qui est la valeur nominale pour la plupart des
membranes fabriquées.
Nous ne disposons pas au laboratoire actuellement de
moyen de contrôler l'état de contrainte des films déposés en routine.
Cependant, nous avons vérifié à l'aide d'un profilomètre
de marque DEKTAK 8000 possédant l'option de mesure de contrainte que les
couches déposées sont effectivement en tension. Avec les données suivantes, une
épaisseur de substrat de 405 µm pour un film de 1,1 µm, la valeur moyenne de la
contrainte est de l'ordre de + 1200 MPa.
2.1.3. FORMATION DE LA
COUCHE EN POLYIMIDE
Contrairement au
dépôt de Nitrure de Silicium, le dépôt des films polyimide se fait avec très
peu de moyen technologique puisqu'il est déposé à la tournette (spin coating)
comme une résine. Cette facilité de mise en œuvre concerne les dépôts
uniformes. Ceci peut ne pas être le cas si l'on doit par la suite graver cette
couche diélectrique dans la mesure où cela se fait par gravure plasma. Comme
dans le cas précédent, nous limiterons
l'épaisseur de dépôt entre 1 et 2 µm pour la fabrication des membranes. Ces
valeurs ne sont pas limitatives, et nous avons pu vérifier lors de la
fabrication de structures de test par gonflement que des épaisseurs plus
importantes, supérieures à 6 µm, peuvent être obtenues en préservant la qualité
des dépôts. Nous cherchons également un film en tension pour faciliter la tenue
mécanique lors de l'usinage du substrat. En fait, on peut s'attendre à ce que
le polyimide présente un comportement mécanique du type élastique pour des
faibles déformations avec retour à l'état d'équilibre lorsqu'il est soumis à
des perturbations de pression.
Un autre problème rencontré concerne l'adhérence du film
sur le substrat. Pour le résoudre, nous avons utilisé comme pour les résines,
un promoteur qui permet d'éviter le décollement de la membrane. Le dépôt du
promoteur comme du polyimide se fait généralement en deux temps. Le promoteur
et le polyimide sont fournis par la société ULTRADEL. Pour le promoteur
d'adhérence (A200:1,B200:2000) les conditions de dépôt sont les suivantes.
|
premier dépôt capot ouvert: |
|
|
vitesse de rotation: |
500 tours.min-1 |
|
accélération: |
500 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
30 secondes |
|
deuxième dépôt capot fermé: |
|
|
vitesse de rotation: |
4000 tours.min-1 |
|
accélération: |
4000 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
30 secondes |
Tableau III.A: Conditions de dépôt du promoteur
Le dépôt du polyimide suit immédiatement celui du
promoteur:
|
premier dépôt capot ouvert: |
|
|
vitesse de rotation: |
500 tours.min-1 |
|
accélération: |
500 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
30 secondes |
|
deuxième dépôt capot fermé: |
|
|
vitesse de rotation: |
2500 tours.min-1 |
|
accélération: |
2500 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
60 secondes |
Tableau III.B: Conditions de dépôt du Polyimide
Ces dépôts en deux temps sont justifiés dans la mesure où
la première phase permet un premier étalement du produit, le second permettant
de définir l'épaisseur.
Cette procédure de dépôt est suivie de deux recuits dans
les conditions suivantes:
Premier recuit: il peut se faire, soit au four à 100°C
pendant 30 minutes, soit sur plaque à 100°C pendant une minute. C'est cette
dernière solution qui a été préférée pour réduire les temps de process.
Second recuit: il peut se faire, soit en four tubulaire
sous flux d'azote (température 300°C, durée: 1 heure) si l'on ne processe qu'un
quart de plaquette, soit dans un four conventionnel pour des échantillons de
plus grande surface, le premier procédé étant préférable compte-tenu de
l'atmosphère contrôlée.
2.2. DEPOT DES LIGNES COPLANAIRES
La couche de diélectrique Nitrure de Silicium ou de
polyimide ayant été déposée, il convient de procéder au dépôt des lignes
coplanaires.
Celles-ci seront déposées par dépôt électrolytique avant
de dégager la membrane par attaque chimique face arrière en utilisant un procédé
de résinage soit négatif soit positif. Dans les deux cas nous effectuons une
pré-évaporation d'un film Titane-Or pour assurer la continuité électrique.
Evaporation Titane-Or
Le dépôt de la couche Titane-Or a
été effectué dans un bâti d'évaporation à canon à électrons. Rappelons très
brièvement que dans ce cas, l'évaporation des matériaux Titane et Or placés
dans des creusets se fait à l'aide d'un bombardement par un faisceau
d'électrons accéléré. Ce faisceau électronique est émis à partir d'une électrode
en Tungstène. Ce faisceau est par ailleurs incurvé dans un champ magnétique
puis dirigé sur les cibles. En pratique, le dépôt s'effectue dans des
conditions de vide relativement poussées, à 10-8 Torr, le substrat
étant refroidi entre 15 et 20°C à l'aide d'un circuit de refroidissement par
eau. La couche de Titane sert de couche d'accrochage, son épaisseur a été
choisie à 200 Å. Nous avons pris les mêmes valeurs pour l'épaisseur de la
couche d'Or qui va permettre d'amorcer le dépôt électrolytique.
Les deux procédés de résinage
positif ou négatif se distinguent principalement par le fait que dans le
premier cas la croissance électrolytique se fait localement, les motifs de
fente ayant été protégés par de la résine, alors que pour la seconde option, le
dépôt se fait uniformément. Dans ce dernier cas de figure, la structuration en
ligne de propagation se fait par attaque chimique de l'or.
Procédé de résinage positif:
Les différentes étapes technologiques sont schématisées
sur la figure III.5a. Une première insolation de la résine positive, dans les
conditions de masquage précisées sur cette figure, permet, après révélation, de
découvrir les motifs de lignes. Pour le dépôt électrolytique nous recherchons
généralement des épaisseurs relativement importantes demandant par conséquent
de déposer des films de résine de quelques µm. Dans ce but, deux types de
résines ont été essayées, respectivement les résines TF20 et 5214. D'autres
types de résines peuvent être utilisées par ailleurs [9]
|
dépôt capot fermé: |
|
|
vitesse de rotation: |
3000 tours.min-1 |
|
accélération: |
5000 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
10 secondes |
|
Insolation: |
15 secondes, avec le masque des motifs
de lignes coplanaires |
|
Révélation: |
90 secondes, dans une solution
contenant 50% de "Microposit Developper" et 50% d'eau désionisée |
|
Rinçage: |
à l'eau désionisée |
|
Séchage: |
à l'azote |
Tableau III.C: Conditions de dépôt de la résine TF20:
|
dépôt capot fermé: |
|
|
vitesse de rotation: |
2000 tours.min-1 |
|
accélération: |
3000 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
7 secondes |
|
Recuit: |
5 minutes, sur une plaque chauffante
à 120°C |
|
Insolation: |
30 secondes, avec le masque des motifs
de lignes coplanaires |
|
Révélation: |
30 à 35 secondes, dans le révélateur AZ524 pur |
|
Rinçage: |
à l'eau désionisée |
|
Séchage: |
à l'azote |
Tableau III.D: Conditions de
dépôt de la résine 5214:
Dans les deux cas, nous pratiquons un recuit 5 à 10
minutes sur plaque à 120°C avant d'effectuer le dépôt électrolytique qui sera détaillé
par la suite.
Après le dépôt, nous dérésinons à l'acétone et nettoyons
à l'alcool. Nous effectuons alors une attaque de l'or résiduel par une solution
de Iodure de Potassium (KI) et d'Iode (I2) diluée dans l'eau, suivie
d'une attaque du Titane par B.O.E. pour isoler électriquement les lignes
coplanaires.
Le principal avantage du procédé de résinage positif
réside dans une bonne définition des cotes des lignes initialement prévues.
Nous verrons ultérieurement que des variations d'impédance résultant d'un
élargissement non intentionnel des pentes peut se traduire par des pertes en
réflexion résultant de la désadaptation d'impédance.
En revanche, il existe des risques de décollement de la résine
et donc de début de croissance électrolytique sous la résine aux extrémités des
lignes.
Procédé de résinage négatif:
Ce procédé est illustré sur la figure III.5b.
Nous effectuons tout d'abord un dépôt électrolytique d'Or
sur toute la surface du wafer.
Dépôt électrolytique:
Le dépôt est effectué dans un bain électrolytique qui
consiste en une solution de Cyanure d'Or et de Cyanure de Potassium.
La température du bain est choisie égale à 30°C pour
éviter la formation de gaz toxique acide cyanhydrique (HCN).
Les conditions d'électrolyse ont fait l'objet d'une étude
relativement systématique en essayant en particulier de déterminer la densité
de courant optimale pour obtenir des dépôts de bonne qualité présentant
notamment une fine granulation. Nous sommes partis de l'étude relativement
complète de B. Kebabi [10] traitant des conditions de dépôts pour la
réalisation de motifs sub-microniques pour masque Rayons X. En ce qui nous
concerne, nous avons opéré dans des conditions de densité de courant de
quelques mA/cm2. Concrètement, nous mesurons un courant débité par
un générateur de courant. Il nous faut donc estimer la densité de courant grâce
à une évaluation de la surface où s'effectue l'électrodéposition. Dans le cas
du procédé de dépôt uniforme, cette estimation est directe en calculant la
surface du substrat. Il faut par ailleurs prendre en compte la surface du
contact électrique que nous avons estimée à 1 cm2. Par contre, pour
le procédé précédent, ce calcul de la densité de courant équivalente passe par
la détermination de la surface métallique des lignes. L'amélioration de
l'uniformité est garantie par une agitation modérée.
Ensuite, nous définissons les lignes en déposant une
résine négative et en l'enlevant dans les régions correspondant aux motifs de
fente et d'isolation.
Un dépôt de 4 heures sur un wafer complet avec un courant
de 15 à 16 mA (densité de courant de l'ordre de 1 mA/cm2) nous
permet d'obtenir une épaisseur d'Or électrolytique de 3,2 µm, avec une bonne
qualité de grain.
Procédé PREGOS:
Après ce dépôt électrolytique, nous procédons à la
définition des lignes coplanaires à l'aide d'un procédé d'insolation en deux
temps: le procédé PREGOS.
La résine AZ5214 est tout d'abord déposée sur le wafer.
Le dépôt a lieu par centrifugation capot fermé dans les conditions suivantes:
|
dépôt capot fermé: |
|
|
vitesse de rotation: |
3000 tours.min-1 |
|
accélération: |
4000 tours.min-1.s-1 |
|
durée |
7 secondes |
Tableau III.E: Conditions de dépôt de la résine AZ5214
dans le cadre du procédé PREGOS
Dans un premier temps, après un premier recuit sur plaque
à 120°C pendant 90 secondes, on procède à une insolation aux ultraviolets
(U.V.) des motifs de lignes durant 5,5 secondes avec le masque précédant qui
est positif.
Ensuite on effectue un second recuit sur plaque à 120°C
pendant 90 secondes.
Dans un deuxième temps, nous procédons à une nouvelle
insolation sans masque pendant 35 secondes.
La révélation dure environ 30 secondes dans le révélateur
AZ524 pur. Ce temps est assez critique et dépend fortement de l'agitation. Il
convient donc de vérifier au microscope optique si la révélation est bonne.
Le rinçage se fait classiquement à l'eau désionisée et le
séchage à l'azote.
Isolation électrique des
lignes:
Nous procédons ensuite à la gravure de l'Or
électrolytique et de la couche d'Or évaporée.
La solution de gravure utilisée consiste en un mélange de
30 g d'Iode (I2) et de 100 g d'Iodure de Potassium (KI) pour un
litre d'eau désionisée. Elle est ensuite diluée une fois. Même si la vitesse de
gravure est importante, il faut plus de 20 minutes pour graver la totalité de
l'Or, notamment entre les plans de masse et le conducteur central, où la
gravure se révèle plus difficile.
La solution étant brune et particulièrement opaque, il
faut apporter un soin particulier lorsque l'on agite l'échantillon dans le
bêcher en Téflon. D'autre part, pour contrôler l'avancement de la gravure, il
convient de retirer régulièrement l'échantillon, de le rincer à l'eau
désionisée pour arrêter la réaction de gravure, et de l'observer au microscope
optique.
Nous dégageons ensuite la couche de Titane. Deux
possibilités s'offrent à nous:
- Une gravure sèche du type
R.I.E.
- Une gravure humide de type
chimique.
Pour des raisons de facilité, nous avons choisi de
pratiquer l'attaque chimique de la couche d'accrochage en Titane.
La solution chimique utilisée est une solution de B.O.E.,
constituée d'acide Fluorhydrique dilué (à manipuler avec précaution parce que
très toxique). L'attaque de la couche de 200 Å de Titane dure 25 secondes sans
agitation.
La fin de la réaction de gravure de la couche est
parfaitement perceptible par un intense dégagement gazeux durant deux secondes
environ.
A ce stade, l'échantillon doit être rapidement sorti de
la solution au risque d'attaquer le film Nitrure dans le cas contraire.
Le wafer est ensuite rincé à l'eau désionisée et séché à
l'azote.
On contrôle au microscope optique que toute trace de
Titane a disparu, ainsi que l'aspect général des lignes qui sont, à ce stade,
terminées.
Le procédé de résinage négatif a pour avantage principal
de ne plus faire apparaître de décollement de résine, et de permettre d'obtenir
un dépôt d'Or bien uniforme, en particulier, sans bourrelet.
Cependant ce procédé entraîne l'existence d'une
sous-gravure des motifs lors de l'attaque chimique, se traduisant par une
variation de la taille des motifs de ligne, avec une légère augmentation de la
taille des fentes.
2.3. GRAVURE DU SUBSTRAT
Après avoir défini les lignes coplanaires, il reste
essentiellement à graver le substrat en Arséniure de Gallium pour dégager la
membrane. Nous avons déjà précisé dans le chapitre 1 les conditions de gravure
profonde du GaAs.
Ici, il s'agit de graver complètement le wafer sur une
épaisseur de 410 à 420 µm avec arrêt sélectif sur le diélectrique.
En pratique, nous avons retenu le mélange d'acide
sulfurique, d'eau oxygénée et d'eau dans les proportions suivantes:
H2SO4:1,
H2O2:8, H2O:1
Cette solution très acide (pH proche de -1,15) permet une
gravure du GaAs avec une vitesse de l'ordre de 15 µm par minute.
La durée totale de l'attaque est par conséquent de
l'ordre de 30 à 35 minutes.
Un des problèmes rencontrés est celui de l'alignement:
Dans les premiers essais, nous ne disposions pas de
l'aligneur "double face". Pour pallier cet inconvénient nous avons
développé une technique de via-hole nécessitant un troisième niveau de masque
qui sert de repère pour les deux faces. Il faut noter cependant que la
pré-gravure de ces repères fragilise le substrat en rendant plus délicats les
dépôts de résine par centrifugation.
En fait, pour des structures blindées, ces connexions à
travers le substrat sont nécessaires pour assurer la continuité du potentiel de
masse.
Par la suite, nous avons pu disposer d'un aligneur
double-face permettant de superposer le masque de gravure face arrière au
masque de définition des lignes coplanaires implanté sur la face avant.
Enfin, lors de la gravure du substrat, nous maintenons
celui-ci verticalement, pour pouvoir l'extraire plus aisément en fin de
gravure. Or, la solution d'attaque est plus active en haut qu'en bas du bêcher
où s'effectue la gravure. C'est pourquoi il s'est avéré judicieux de retourner
le substrat haut vers bas en milieu de gravure (15-20 minutes).
Nous présentons sur la figure III.6 une photographie et
un schéma en coupe transversale de la structure réalisée.

Figure III.6.a: Schéma en coupe transversale de la structure réalisée
Dans ces conditions, les membranes ne présentent pas des
formes parfaitement rectangulaires, avec des déformations aux extrémités. Il
nous semble qu'à l'avenir, ces effets, qui n'ont pas d'implication directe sur
les caractéristiques mais peuvent par contre influencer la reproductibilité des
procédés, puissent être résolus en disposant horizontalement les échantillons
dans une nacelle.

Figure III.6.b: Clichés des lignes vues de dessus
face arrière (à gauche) et face avant (à droite)
3. REALISATION D'UN JEU DE MASQUES
3.1. POSITION DU PROBLEME
Le but recherché est ici de caractériser la propagation
des ondes électromagnétiques sur la membrane, en particulier de déterminer le
mode de propagation, la vitesse de rotation de phase, et les pertes.
De façon générale, on peut avoir accès à ce type
d'information par la réalisation de lignes de différentes longueurs qui sont
caractérisées en structure quadripôle. Par ailleurs, il convient d'effectuer
ces mesures le plus simplement possible sans montage des lignes en boîtier. Les
caractérisations sous pointes hyperfréquence se révèlent donc particulièrement
bien adaptées de ce point de vue et elles ont été largement utilisées pour la
caractérisation de lignes sur substrat épais. Dans le cas qui nous intéresse,
le milieu à caractériser est fragile mécaniquement et il n'est pas concevable
de déposer directement les pointes sur la membrane au risque de la détériorer
ou de la déformer.
En conséquence, les motifs de test vont comporter deux
zones distinctes. L'une sur substrat épais constituant les zones d'accès où
seront déposées les pointes, l'autre, sur membrane qui constitue le milieu de
propagation à caractériser. Nous reviendrons plus en détail sur la façon
d'extraire la constante de propagation complexe.
Quoi qu'il en soit, dans ce paragraphe, il nous faut
définir la géométrie des lignes dans les deux milieux (substrat épais et
membrane) ainsi que la transition entre ces deux milieux.
3.2. DESSIN DE LIGNE
Pour la ligne d'accès sur substrat épais, nous
choisissons une impédance caractéristique de 50 W correspondant à celle des
instruments de mesure avec le souci de respecter l'écartement des pointes
hyperfréquence égal à 125 µm. Ce type de ligne est bien caractérisé au
laboratoire et nous avons repris les côtes des lignes coplanaires 50 W avec la largeur du conducteur central W = 70
µm et la largeur des fentes S = 50 µm.
Pour la détermination de l'impédance caractéristique des
lignes sur membrane, nous avons dans une première approche, utilisé le modèle
analytique de la référence [11]. Par la suite, ces résultats ont été validés
par des analyses électromagnétiques permettant de résoudre numériquement les
équations de Maxwell en incluant notamment les termes de perte [12][13].
La détermination de l'impédance, relativement complexe,
est réalisée grâce à la méthode de transformation conforme.
Dans le cas d'une épaisseur de métallisation nulle, il a
été montré que l'impédance caractéristique Zc de la ligne peut s'exprimer par:
![]()
où h0 est l'impédance du vide
eeff est la permittivité
effective
et K(k) est l'intégrale elliptique complète de première
espèce, avec pour arguments
k et k' qui dépendent des dimensions géométriques de la
ligne.
Nous nous intéressons au cas d'une ligne coplanaire
symétrique avec des plans de masse de longueur finie. La topologie est
schématisée sur la figure III.7.
W : largeur du conducteur central
S : largeur des fentes
d : distance interplan de masse
a : largeur des plans
b: largeur de la ligne
h : épaisseur du substrat
Les arguments k et k' dépendent de cette topologie et
sont donnés par:

et ![]()
La permittivité effective eeff, qui intervient dans la
détermination de Zc, est déterminée par la méthode de superposition des
capacités partielles. C' étant la capacité totale de la ligne:
C' = C'0 + C'e
expression dans laquelle, C'0 et C'e sont respectivement les
capacités relatives à l'air et au diélectrique données par:
C'0 = 4e ![]()
C'e = 2e0(er - 1) ![]()
k et k' étant définis précédemment, k1 et k'1
sont définis par les expressions suivantes:
<